DISACTIS Photochimie - Forum

Les procédés Photographiques => Calotype et Négatif Papier => Discussion démarrée par: Alexis Gaillac le 01 février 2011 à 21:03:51

Titre: Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 01 février 2011 à 21:03:51
Bonsoir,

J'ai en tête de me lancer dans l'aventure du négatif papier.
Après quelques recherches, la méthode du papier ciré sec me semble la plus adaptée à mon projet (photo de montagne sur plusieurs jours, sans "labo portable" pour des questions de poids).
J'en suis seulement à l'étape de la documentation. Sans vouloir dénigrer les écrits de nos illustres ancêtres sur le sujet (Gustave Le Gray en l'occurence), je recherche des infos plus contemporaines, et en particulier des retours d'expérience de photographes-laborantins pratiquant ce procédé actuellement.

J'ai lu avec beaucoup d'attention le mémoire de Nicolas Le Guern (2000) :
http://nileg.free.fr/doc/Memoire2_Cm.PDF (http://nileg.free.fr/doc/Memoire2_Cm.PDF)
Ainsi que le récit de son "exposition photographique" en Egypte, sur les pas de Maxime Du Camp (1849)
http://leprojet-ducamp.over-blog.com/ (http://leprojet-ducamp.over-blog.com/)

Je sollicite donc votre expérience des procédés anciens pour récolter un maximum de références sur le sujet, afin de préparer au mieux mes futures expériences, dont vous serez bien sûr les premiers au courant !

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 01 février 2011 à 21:27:06
Bonsoir Alexis,

Du Camp a eu beaucoup de problèmes en Egypte avec ses négatifs... Les solutions semblaient s’altérer avec la chaleur.

Bref.

J'ai fait pas mal d'essais sur le Calotype de Talbot et j'ai un peu étudié les formules de Le Gray.

Une seule chose m'a semblée bizarre. Talbot recommandait d'étendre une solution de Gallo-Nitrate en guise de révélateur sur le cliché éxposé.
Juste ce qu'il faut et ça fonctionne.

Le Gray recommandait quant à lui, de simplement immerger le cliché exposé, dans une solution d'acide Gallique. Or, l'image à vraiment du mal à venir...
Il faut y ajouter une quantité notable d'acéto-Nitrate pour que l'image soit meilleure...

J'ai justement préparé des papiers iodurés ce soir.
Demain je les sensibiliserai et les passerai à l'acide Gallique comme le faisait Le Gray, mais j'ai des doutes... L'image selon lui, monte entre 10 minutes et 2 heures.

On verra...
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 03 février 2011 à 16:53:40
Je rebondis sur ce fil de discussion, lié au Calotype, puisque la différence entre le papier Ciré sec de Le Gray et le Calotype de Talbot est assez mince si l'on regarde bien.

On va récapituler.

Talbot procedait ainsi :
- Nitratation du papier
- ioduration
- Lavage
- Sensibilisation au Gallo-nitrate d'argent
- Exposition
- Révélation au Gallo-Nitrate encore une fois
- Fixage

En fait, Talbot disait que la sensibilisation au Gallo-Nitrate accentuait la sensibilité de l'Iodure d'Argent.
Je pense que ce n'est pas à comprendre au sens auquel on aurait tendance à le faire.
D'après mes essais, le Gallo-Nitrate avant l'exposition a pour utilité de pré-développer l'image pendant l'exposition.
On a en somme un effet "boule de neige" qui va accélérer la captation de l'image.
En résumé, le papier n'est pas plus sensible grâce au Gallo-Nitrate, mais entraîne une accélération de la captation de l'image pendant l'exposition !

C'est subtil non ?

Mes essais m'avaient conduits à penser ça en variant les proportions de nitrate d'argent dans le premier Gallo-Nitrate.
Avec une forte dose, je pouvais déjà obtenir une faible image directement à la sortie du chassis sans même avoir débuté le développement, qui lui, viendra terminer le travail au noir.

Dans la formule de Le Gray, nous n'avons plus de "sensibilisation" au Gallo-Nitrate avant l'exposition.
Si il a ajouté d'autres éléments au bain d'ioduration (diverses colles et autres sels en moindre quantité), le principe reste le même.
(Dailleurs, le Collodion reprend exactement le principe de talbot et Le Gray si l'on révéle l'image au l'Acide Pyrogallique ou Gallique)
J'irais même plus loin en disant que tout ce qui est Argentique obéït à ce même principe... Je n'invente rien pour ceux qui connaissent un peu le principe chimique de la Photographie.  :)

Le Gray, donc, procédait comme ceci en résumé en ne prenant en compte que la partie chimique et non la préparation du papier au cirage :
- Ioduration
- Nitratation
- Developpement à l'acide gallique simple.
- Fixage

On peut voir que Le Gray n'a rien inventé si ce n'est le cirage et l'ajout d'autres sels à l'iodure, il a simplement simplifié le mode opératoire de Talbot.
L'ajout des autres sels d'ailleurs, va varier de façon significatives au fil des ans... On peut se demander si c'était réellement efficace... Je n'ai pas testé.

Il y'a des zones d'ombre dans l'usage de Le Gray que je développerai plus tard.
Suivant que l'on voudra opérer sur un papier humide ou sec, il y a des variations très précises dont le sens est à saisir...

J'ai fait un essai aujourd'hui suivant le mode opératoire de Le Gray.
Ma formule d'ioduration est cependant très simple, il n'y pas de colles, ni de sels autres que l'iodure.
Temps d'exposition : 30 secondes à F.4 par un ciel gris et très bas (nous sommes début février, imaginons le temps d'exposition en plein été !!!)
Temps de révélation à l'Acide Gallique : 45mn

C'est merveilleux, car on voit qu'ici, l'avancée majeure apportée par Talbot et Le Gray sur le simple papier au Chlorure d'Argent de Niépce qui demande deux jours de pose pour avoir une image visible, c'est le développement ! Ca change le monde...
Ce simple Acide Gallique va abaisser le temps de pose de 2 jours à 30 petites secondes...
Comme le fait le Mercure de Daguerre sur la plaque d'Argent Iodée.

C'est assez amusant de penser que Daguerre avait découvert le développement par le mercure, et que Talbot, au même moment, l'avait découvert par l'Acide Gallique.

La Photographie naissait en plusieurs endroits, en même temps, de façon tout à fait différentes...

(Ci-dessous à gauche le négatif papier par réflexion, et à droite par transparence, avec leurs inversions positives en dessous)
(Ce négatif papier mesure 8x10cm, la texture du papier ressort donc de façon très forte sur cette toute petite image)
Je ferai des essais en grand format puisque ce procédé des origines ne s'imaginait pas produire de petits négatifs à l'époque. La texture du papier l'aurait discrédité.

Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 03 février 2011 à 17:47:02
Salut Lionel, et merci pour ces infos.

En croisant les sources, ça commence à s'éclaircir dans ma tête ...
Tant que j'y pense, 2-3 questions avant que je ne prenne le temps d'y réfléchir plus longuement:

- J'ai cru comprendre que sans cirer la feuille avant la nitratation (c.a.d. sans le procédé de Le Gray), le négatif devait être exposé en étant encore humide, ou du moins rapidement. C'est pour cela que le procédé de Le Gray m'intéressait, afin de pouvoir préparer mes négatifs plusieurs jours avant la prise de vue ... je me trompe ?
- Comment iodures et sensibilises-tu tes papiers ? Flottaison ou immersion ? J'ai lu un peu de tout sur le sujet ...
- Pour la révélation, j'ai compris que Le Gray ajoutait quelques gouttes du bain de nitratation dans le révélateur pour accélérer la réaction (Nicolas Le Guern en parle dans son mémoire, et a également utilisé cette méthode). Ton avis là dessus ?

Pour tes remarques sur la concentration des bains et l'utilité des différents sels, le mémoire de Nicolas Le Guern (lien dans mon 1er message) m'a donné quelques réponses.

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 03 février 2011 à 18:03:49
En fait, le cirage offre une sorte de plastification du papier.
On voit que le bain d'ioduration de Le Gray est un mélange d'eau de riz et de colle de poisson.

Le Gray faisait donc ni plus ni moins que préparer une sorte de couche "émulsion" primaire déposée à la surface du papier et non plus comme Talbot, une précipitation au coeur des fibres du papier comme dans mon exemple.

Le Gray obtenait donc des négatifs de meilleure qualité puisque l'image se trouvait en surface dans "l'émulsion" primaire. Les détails étaient bien définis, l'image était bien ciselée et non plus très diffuse comme sur les Calotypes de Talbot.
De même, le traitement s'en trouvait être plus propre et rapide.

De mon coté, j'opère toujours par flottaison. Une seule face donc est sensibilisée puis traitée.
Le Gray préconisait de sensibiliser les deux faces pour plus de matière... Il faut que le papier soit très très fin dans ce cas pour que ce soit utile.

Le Gray ajoutait en effet quelques gouttes d'acéto-Nitrate dans le bain d'acide Gallique.
C'est là qu'il y'a la subtilité d'une utilisation du papier sec ou humide qui n'est pas très bien décrite.
Pour une utilisation humide, à la sortie de la nitratation, pas de rinçage. La reserve d'acéto-nitrate servira après l'exposition à donner la force à l'acide Gallique.
Pour une utilisation du papier sec, il faut laver le papier à la sortie de la nitratation afin qu'il ne se dégrade pas avec le temps. Ne subsiste sur le papier, que l'iodure d'argent qui se conserve indéfiniment sans dégradation.
MAIS, il faut ajouter de l'acéto-Nitrate ensuite à l'acide Gallique pour lui donner la force de développement.

Je n'ai pas fait de test du papier sec, mais c'est ce que j'en déduis suivant mes essais et mes observations...
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Collet le 03 février 2011 à 20:15:49
bon soir à tous les lecteurs,
je n'ajouterai rien de plus à ces beaux discours
et félicite vos motivations éclairées.
Suivant mes vagues souvenirs d'un stage de Pierre Brochet sur le callotype,
pierre iodurait son papier en posant le papier sur une cuvette recelant de l'iodure de K
durant 5 ou 6 minutes. Ce papier prenait une teinte ardoise et il l'enfermait entre
deux feuilles de verre mince (1 mm d'épaisseur) puis courait à la prise de vues.
l'humidité "relative" du papier permettait de garder la sensibilité durant une heure environ.
Jacques C.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Nileg le 04 février 2011 à 17:13:59
Bonjour à tous,

Alexis m'ayant sollicité en MP et via ce fil je trouve plus sympathique de lui répondre à travers le forum.
Que soit d'ailleurs sincèrement remercié Lionel pour son site Disactis ainsi que pour ce forum, que je parcours depuis peu.

La pratique du procédé Le Gray (1851, et non 1850 dont le traité se trouve facilement sur Gallica, quant à lui) est intéressant notamment pour la possibilité de l'utilisation à sec.
En Egypte je sensibilisais le soir (voire la nuit...) pour l'utiliser sec le lendemain. Mais des essais antérieurs n'ont pas révélé de perte de sensibilité après une semaine d'attente avant exposition, pour un papier sensibilisé et conservé sec entre des feuilles de buvard. Ainsi l'idéal est de partir avec une petite quantité de papiers cirés secs, conservés idéalement au noir dans des châssis 8x10, pour ne s'occuper que du cadrage et de l'exposition... dans nos belles montagnes par exemple.

Concernant mes formulations 2009 vs 2000, je n'ai plus tous les détails en tête, cependant je n'ai pas utilisé en 2009 un encollage à la colle de poisson et à l'eau de riz mais au sucre de lait. Il s'agit du lactose que j'ai obtenu artisanalement à base de lait tourné, mais il est aussi possible je pense de l'acheter directement en pharmacie ou bien ailleurs. Dans les bains, je procède toujours par immersion de la sensibilisation au développement. Pour ce dernier, l'ajout des quelques ml d'acéto-gallo nitrate d'argent permet de créer un développement "physique" de l'image latente : le développement des amalgames d'Ag insolés sur le négatif va être amplifié par les ions Ag+ présents dans ces gouttes de solution de nitratation. On peut faire le rapprochement avec un surdéveloppement moderne, pour un négatif sous-exposé ;  enfin pas du point de vue des chimies mises en jeu. Dans la pratique et pour certains papiers cirés secs shootés avec une lumière un peu diffuse, il est aisé de voir l'apport de cette solution mais attention à éviter le surdosage... et le surdéveloppement.

Quant au procédé Talbot, j'avoue ne pas l'avoir testé suffisamment. Il s'agit d'une autre logique, d'une sensibilisation sur le lieu de prise de vue, d'une utilisation humide, d'une préparation généralement par flottaison de la feuille ; on obtient une plus grande sensibilité, un rendu des détails et un contraste plus élevés, mais un "velouté" moins intéressant.

Quelques remarques générales suite aux différents messages de Lionel.

* Lorsque Le Gray ne développait qu'à l'acide gallique, il s'agit de son premier traité de 1850. Cet ouvrage n'est pas d'un intérêt technologique important, il s'agit surtout pour Le Gray, alors jeune professeur de photographie, d'asseoir sa bonne réputation et de recruter de nouveaux clients, souvent illustres. Dès le célèbre traité du papier ciré sec de 1851, au développement s'ajoute les (non moins célèbres désormais) gouttes de "potion magique". Je résume les formulations Le Gray de 1850 à 1854 dans un tableau à la page http://nileg.free.fr/doc/pcs5.htm.

* Le KCN et le KF dans l'ioduration augmentent effectivement les densités du dépôt argentique sur le négatif développé. Je l'ai remarqué en 2000, cependant je n'ai pas utilisé ces sels dans mon ioduration 2009, car la préparation du bain et la manipulation des papiers iodurés ne sont pas anodines. Si vous souhaitez les utiliser, mieux vaut se renseigner sur la toxicologie de ces composés (nécessité d'une hotte aspirante etc.)

* Bravo à Lionel pour ce premier papier ciré, ce procédé est réellement extraordinaire dans le sens premier du terme. Le risque cependant est de tomber rapidement dans l'addiction, et de délaisser de plus en plus son DSLR, ses fichiers RAW, Lightroom et compagnie... Quant à la taille du négatif peu importe en fait, on peut déjà s'amuser avec une chambre 4x5".

* Pour le papier ciré sec version 1851, la préparation ou encollage du papier intervient en amont du cirage (eau de riz et sucre de lait). Par contre, cet encollage disparaît des formulations 1852 et 1854. Il ne reste plus que les solutions de sucre de lait et d'eau de riz que l'on utilise pour l'ioduration, mais qui interviennent après le cirage.
Bref, je cire initialement un papier vierge et non encollé. Au contraire de Lionel, je ne pense pas que le cirage représente une "encapsulation" de la feuille de papier, quand je cire au fer chaud la cire fondue traverse et pénètre toutes les fibres du papier. Ainsi, après sensibilisation, le papier est sensible à la lumière sur ses deux faces mais également dans ses fibres. A l'inverse, la couche image d'un Talbotype est effectivement en surface du support papier, et ce d'autant plus que la sensibilisation a été effectuée par flottaison sur une face.

Pour finir, il faut bien noter que Le Gray "promène" souvent son lecteur dans des impasses techniques, l'amenant dans des voies sans issue, ou bien éludant des points importants. Le Maestro souhaitant garder quelques secrets de fabrication tout de même... J'ai récemment trouver une version numérisée du traité 1851 en ligne, il s'agit vraiment d'une publication qui fait date et je ne peux que vous en conseiller la lecture, ne serait-ce que pour ressentir l'atmosphère d'une ère primitive de la photographie, où la reproduction physicochimique du réel n'en était qu'à ses débuts...

Bien à vous,

Nicolas Le Guern
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 04 février 2011 à 17:33:12
Merci Nicolas pour toutes ces précisions bien utiles et passionnantes !
Je suis retourné de nombreuses fois sur votre site pour y chercher des informations, je dirais même des indices.

Je n'ai fait que très peu d'essais pour le moment, je tâtonne, j'observe, je note.

Mon essai ci-dessus n'a pas été ciré et le bain d'ioduration ne contient que de l'iodure justement. Je suis très éloigné de la formule complète de Le Gray, c'est évident, mais on ressent déjà les mécanismes.

Avez-vous d'autres images de vos essais Nicolas ?

Je vais relire votre mémoire en entier, c'est un document remarquable à conserver absolument !
http://nileg.free.fr/doc/Memoire2_Cm.PDF
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Jacques71 le 04 février 2011 à 18:50:10
Connaissant vos deux sites et votre mémoire j'en profite pour vous dire
merci Nicolas et bravo pour votre projet du Camp en Egypte !

2 liens vers le projet du Camp :

http://leprojet-ducamp.over-blog.com/

http://www.flickr.com/photos/projet_dc09/sets/72157623135824219/detail/?page=2
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 04 février 2011 à 19:04:44
Ha j'ai raté plein de choses !

Merci Jacques pour ce rappel !

Les images sont superbes.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 04 février 2011 à 19:08:55
Le négatif est un régal à regarder !!!

http://www.flickr.com/photos/projet_dc09/5125699206/in/set-72157623135824219/

Et le positif associé :

http://www.flickr.com/photos/projet_dc09/5125698976/in/set-72157623135824219/
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Jacques71 le 04 février 2011 à 19:52:37
Oui ces négatifs sont magnifiques et ces prises de vues sont je trouve un bel hommage à Le Gray qui est mort dans l'indifférence au Caire.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 05 février 2011 à 21:49:13
Merci Nicolas pour toutes ces infos, je tacherai d'en faire bon usage !
Je viens de commander les chimies ... je vous tiendrai au courant des résultats !

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Nileg le 07 février 2011 à 22:43:06
Bonsoir,

Merci à Lionel, Jacques et Alexis pour ces messages de sympathie, cela fait vraiment plaisir au calotypiste contemplatif que je suis !
La contemplation peut-être car le papier ciré sec étant si peu sensible, moins encore que le Talbotype, la prise de vue se confond parfois avec un acte de foi, une invocation au soleil pour que celui-ci daigne insoler ce papier faiblement sensibilisé...

Lionel, pour votre essai non ciré le résultat est déjà bien encourageant. Il faut peut-être faire ses armes en optimisant l'ioduration, l'encollage, et passer plus tard au papier ciré sec.
Enfin, tout est possible avec ce genre de procédés...

La triste fin de Le Gray va effectivement de pair avec sa vie d'artiste (relativement) maudit ; jusqu'à la fin du XXe siècle a perduré une confusion sur sa date de décès. C'est dans le catalogue de l'exposition sur Le Gray à la BnF que l'on trouve le plus de renseignements sur la fin de la vie du photographe, notamment la vente par sa veuve de ses maigres biens. Un chercheur avait réussi à identifier le cimetière où était enterré Le Gray, au Caire, cependant au XXe siècle une partie des tombes - dont celle qui nous intéresse - a été détruite pour faire place à une construction mitoyenne. On ne peut donc pas se recueillir sur la tombe de Le Gray, comme on pourrait le faire au père Lachaise...
Mais je souhaite terminer sur une note plus positive : le talentueux Le Gray continuera de toute manière à exister à travers nos négatifs papier, tout comme cet extraordinaire Fox Talbot !

Nicolas
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 07 février 2011 à 23:19:05
Des quelques essais que j'ai pu faire l'été dernier et ces dernières semaines, je suis fasciné, comme toujours.

Le négatif papier a quelque chose de particulier. Sans doute son extrême fragilité lorsqu'il est humide.
On a la sensation de tenir un voile si fragile... Le moindre mouvement trop précipité déchirerait l'image construite avec tant de soin, de façon irréversible.
Les chimies sont simples, elles se résument à une liste assez courte si l'on regarde bien, comme en Calotypie. Mais c'est un vrai rituel à suivre si l'on espère le succès final...

Je vais rentrer du Lactose, de la colle de poisson et de la cire d'abeille d'ici quelques jours. Peut-être du fluorure de Potassium, mais je préfère ne pas jouer avec le Cyanure...

Citer
La contemplation peut-être car le papier ciré sec étant si peu sensible, moins encore que le Talbotype, la prise de vue se confond parfois avec un acte de foi, une invocation au soleil pour que celui-ci daigne insoler ce papier faiblement sensibilisé..

Cette sensation est commune à tous les procédés de prise de vue des premières heures. C'est quelque chose à vivre pour comprendre, en effet.

Les pionniers on créé un outils qui leur échappe totalement puisqu'une fois leur préparation enfermée dans la chambre de prise de vue, ils ne font plus que prier pour que ça fonctionne... A ce moment, seul le Dieu Soleil rendra sa décision... On devient l'esclave, malgré un travail acharné.

L'image, elle, sera toujours parfaite... Seul l'outil préparé par l'Homme pourra être mis en cause si l'image est tachée, grise, voilée, plate, heurtée, ou même inexistante.

Obtenir un beau Daguerreotype, un beau Négatif Papier ou encore un beau Collodion est une récompense absolue, après tant d'essais, d'échecs, de travail...

C'est le meilleur hommage qu'on puisse rendre à la Nature et au Soleil, non ?  :)

C'était la minute Philosophique.  :D




Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 09 février 2011 à 14:10:45
Quelques questions supplémentaires aux praticiens, avant de me lancer dans l'aventure (je sens que beucoup d'autres viendront avec la pratique ...) :

Quelle quantité de chimie préparer pour les 2 bains (Ioduration et Sensibilisation) ?
Je vais procéder par immersion, mes papiers étant cirés au préalable. Il me faut donc suffisament de liquide pour couvrir les feuilles dans mes bacs, OK.
Mais peut-on ré-utiliser ses bains pour iodurer / sensibiliser d'autres feuilles quelques jours, semaines ou mois plus tard ? Combien de feuilles peut-on traiter au total ?
En d'autres termes, comment et combien de temps se conservent ces chimies, en fonction du temps et du nombre de négatifs sensibilisés ?

Même question pour le révélateur: one-shot ? pour x feuilles ? réutilisable x semaines plus tard ?

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 09 février 2011 à 14:30:39
Bonjour Alexis,

Nicolas saura surement en dire plus que moi par son expérience.

Si le bain d'ioduration contient la colle de poisson, je doute que ça se conserve très longtemps...
En revanche pour le bain de sensibilisation acéto-Nitrate, je pense que c'est beaucoup moins fragile. J'en avais préparé un l'été dernier que j'utilise encore.
Mais encore une fois, avec les colles du bain d'ioduration, il faut voir...

Pour le moment je n'utilise qu'un bain d'ioduration sans rien d'autre que de l'iodure dans l'eau, alors la conservation est longue...
A vrai dire, je me rapproche plus du Calotype que du papier ciré sec pour le moment, parce que les formules sont plus simples.

Je procède par flottaison. Mon but est de faire du tirage, alors j'essaye de garder le dos du papier le plus blanc possible.
Pour le nombre de feuilles traitées, là je ne sais pas encore...

Pour le révélateur, je ne l'utilise qu'une seule fois.
Je prends une dose, juste de quoi couvrir le fond de la cuvette et que le négatif reste immergé. En effet, avec l'acéto-Nitrate, le révélateur a tendance à se troubler doucement au cours de la révélation et à faire des dépôts sur les parois et le fond de la cuvette qui peuvent tacher ensuite le négatif.

A 4 grammes d'acide gallique par litre, on a de quoi faire !  :D

Ce ne sont que mes premières observations, Nicolas saura en dire plus que moi (et ça m'aidera aussi)  ;D
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 16 février 2011 à 19:20:28
Bonsoir à tous,

Encore merci pour ces infos !

En attendant mes derniers ingrédients (colle de poisson et lactose pour encoller lors de l'ioduration), j'ai fait quelques tests (plus ou moins éloignés du calotype), histoire de me faire la main :

- Papier salé:
Avant de recevoir l'iodure de potassium, j'ai testé les tirages au papier salé avec mon bon vieux sel de cuisine, afin de voir la réaction de quelques papiers. Sans surprise, l'arches platine et la papier canson montval donnent de bons résultats. Les papiers plus fins que j'ai pu tester (papier Kozo japonais, papier népalais, papier à lettre) présentent des zones non ou mal sensibilisées. J'ai l'impression qu'avec ces papiers, les solutions ont du mal à bien rentrer dans le papier en le faisant flotter ...

- Cirage:
Je me suis ensuite entraîné à cirer des feuilles de papier (cire d'abeille blanche en granules). Après quelques essais, le tour de main avec le fer à repasser (en l'occurrence un fer à farter les skis ...) et le sandwich buvard/cire/papier/buvard fonctionne bien ! La densité de mes papiers est en moyenne divisée par 2. De plus, cela augmente la solidité des feuilles, ce qui est bien utile pour les manipuler par la suite.

- Papier salé sur papiers cirés
Avec quelques papiers cirés, j'ai refait des tirages au papier salé, en procédant cette fois par immersion dans les bains. Et, merci les abeilles, tous les tirages sur les papiers fins ne présentent plus de défauts, ils sont tous bien homogènes. La cire a donc également l'avantage de mieux répartir les solutions dans le papier.
Je vais scanner ces tirages comme des négatifs (par transmission), ou faire des tirages contact, pour voir l'influence de la texture de ces différents papiers.

- Négatifs papier ciré:
Je vais bientôt faire mes premiers tests de négatifs papier ciré sec, avec la méthode de Le Gray, ou plutôt la version de Nicolas ... ;)
Selon vous, puis-je utiliser mes résultats de papiers salés pour choisir mes papiers, ou je risque d'avoir des mauvaises surprises (acidité des papiers) en utilisant iodure et bromure au lieu du chlorure ?
Autre détail qui me taraude: Dois-je rincer mes papiers après les avoir sensibilisés (pour éliminer le nitrate d'argent en excès), et avant de les exposer ? Ou cela va au contraire améliorer la formation de l'image dans la chambre et dans l'acide gallique ?

Voilà, je vous tiendrai au courant de les aventures, avec des photos à l'appui la prochaine fois !

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 16 février 2011 à 19:45:42
Pour une utilisation du papier ciré sec, je pense qu'il vaut mieux le rincer après la sensibilisation.

Pour le moment, je n'ai fait que des essais humides et non cirés (je vais recevoir de la cire d'abeille bientôt).
Comme le papier est traité rapidement, je ne le rince pas. Ce qui donne l'avantage de ne pas ajouter d'acéto-Nitrate dans l'acide gallique.

Mais j'ai constaté, si je ne me trompe pas, que l'utilisation du papier humide rincé, ne voit pas de différence avec le non rincé. Bien-sûr, il faudra rajouter de l'acéto-nitrate à l'acide Gallique dans le cas d'un papier rincé pour que l'image monte plus vite.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Nileg le 02 mars 2011 à 15:27:50
Bonjour à tous,

Je réponds bien tard suite à une période assez chargée.
Tentons d'apporter quelques précisions face aux multiples questionnements.

L'ioduration peut être utilisée jusqu'à épuisement du bain ; ainsi il vaut mieux en préparer un volume suffisant pour le nombre total de négatifs que vous souhaitez réaliser.
Les feuilles (cirées et) iodurées pourront alors se conserver pendant au minimum plusieurs mois ; pas de risque donc d'une quelconque perte de sensibilité ultérieure.
Pour la sensibilisation, je suis plus réservé. Le bain doit être libre de toute impureté, il faut notamment utiliser de l'eau distillée non polluée par des chimies ou particules qui troubleraient le bain, et pourraient laisser des traces de voile sur le négatif. Le Gray purifiait cette solution au "noir animal" (carbone pur issu de la combustion des os) en la chauffant, si le cœur vous en dit...
Quant au bain de développement, comme l'indique Lionel il est pollué pendant la révélation et il ne peut donc être réutilisé. L'ajout des gouttes d'acéto-nitrate d'Ag a notamment tendance à précipiter dans le bain des particules fines. Attention également au sur-développement ; cette étape doit toujours être contrôlée (je vous en parle car je me suis fait avoir, étant parti dîner au resto lors d'un développement...).

Merci Alexis pour vos remarques au sujet de la cire ; le caractère protecteur et homogène qu'elle apporte à la feuille de papier était l'une des raisons pour laquelle Le Gray choisit le cirage préalable du négatif, conscient de ne pouvoir trouver à l'époque aucun papetier produisant un papier satisfaisant entièrement les photographes calotypistes.
D'autre part, si vous trouver un autre papier compatible avec le papier ciré sec, n'hésitez pas à en faire profiter la petite communauté !
Vous pouvez par ailleurs tester vos papiers utilisés pour le tirage désormais pour les négatifs, rien ne vaut l'expérience et de toute façon les modifications apportées à l'ioduration n'influenceront que la densité maximale (Dmax) que vous pourrez obtenir sur le négatif.
Concernant le bain de sensibilisation, oui je vous conseille un rinçage final à l'eau distillée, d'autant plus pour un procédé utilisé à sec quelques heures ou jours après sa réalisation. Dans le cas contraire j'imagine qu'au bout d'un certain temps un voile pourrait monter à la surface du négatif non exposé.

Je vous souhaite beaucoup de joie tant à la prise de vue qu'au développement des négatifs !

Nicolas
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 02 mars 2011 à 15:37:50
Bonjour Nicolas,

Merci pour le retour !

De mon coté, j'utilise du simple papier d'imprimante... J'en ai testé plusieurs déjà et si tous me donnent une image après acidification, certains justement supportent plus ou moins bien cette étape acide (piqûres, bulles au coeur des fibres, etc.)

Je reviens justement du supermarché où j'ai trouvé une ramette de feuilles A4 70gr "Eco+"  :D

Je m'empresse de leur faire prendre un petit bain acide, histoire de voir comment ça réagit...
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Collet le 02 mars 2011 à 22:11:35
eh bien, mon cher Lionel,
on attend la suite...
Jacques C
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 13 mars 2011 à 23:11:33
Bonsoir à tous,

Dimanche maussade, parfait pour relancer les essais de calotypes !
Petit compte rendu ... et premières images !  ;D

Après plusieurs essais de différents papiers (kozo japonais, papier népalais, papier à lettre, papier à imprimante, ...) qui avaient tous un comportement étrange dans l'acide gallique (noircissement très rapide, beaucoup de taches, ...), j'ai arpenté les forums anglophones pour trouver un papier ayant déjà fait ses preuves. J'ai pour l'instant mis de côté le "Atlantis Photosafe" utilisé par Nicolas, trop cher et uniquement dispo en gros rouleau sur leur site internet ...
Sur cette discussion (http://www.apug.org/forums/forum42/33426-has-anybody-got-successful-calotype-negatave.html), il est fait mention du "Canson Crob'Art" (http://www.gibertjoseph.com/bloc-croquis-crob-art-80g-120-feuilles-a3-2459700.html), facile à trouver et pas cher ... je risque pas grand chose.

Protocole suivi (très résumé, je détaillerai plus tard ...): Cirage (papier non acidifié), Ioduration, Sensibilisation au nitrate d'argent, Exposition, Développement.

Les premiers essais ont été faits au banc UV, par contact avec un négatif 4x5 standard. Au développement, l'image apparaît plus vite que ce que je ne pensais: environ 15 minutes. Un voile apparaît pour un développement plus important. Je mets alors cela sur le compte du banc UV, qui, même avec une exposition de quelques secondes, est certainement beaucoup plus puissant qu'une exposition à la chambre ...
6 chassis chargés, je prends la route du col de Tamié pour tenter quelques images sur le terrain. Ne sachant pas à quoi m'attendre comme sensibilité, et le temps étant bien gris, j'expose 4, 8 et 15 minutes à f/5,6. De retour au labo pour le développement, les premières images apparaissent après 10-15 minutes dans l'acide gallique. Pensant augmenter le contraste, je laisse monter jusqu'à 1h. Finalement, un voile monte et tous mes négatifs semblent sur-exposés ...

Scannés comme des négatifs (contraste automatique), voilà ce que cela donne:

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype1.jpg)

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype2.jpg)

Conclusions de ces premières images:
- Le "Canson Crob'Art" semble bien réagir, même sans pré-acidification.
- J'ai sous-estimé la sensibilité, à revoir lors des prochains essais.
- Même si le scan l'accentue certainement, la texture du papier est bien visible par transmission, malgré le cirage. Cela ne me dérange pas vraiment car c'est cet aspect que je recherche dans le calotype.
- Les négatifs sont peu contrastés: écart de densité de 0.4 (entre 1 et 1,4) entre le toit et le mur du chalet de la 2eme photo. Pour l'instant, je mets cela sur le compte de la sur-exposition (et peut être un sur-développement ?) car les bords du négatif sont plus clairs (densité 0.6).

... à suivre  ;)

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 14 mars 2011 à 11:24:59
C'est pas mal Alexis.

Pour les papiers qui noircissent et se tachent rapidement dans l'Acide Gallique, c'est dû à l'alcalinité. J'ai longtemps buté là dessus, et je ne voulais pas investir dans des papiers hors de prix...

Comme je le disais plus haut, "tous" les papiers fonctionnent de mon coté après acidification, mais tous ne supportent pas physiquement cette acidification de façon égale.
Le dernier papier "éco+" 70gr au rabais supporte de façon TRES BONNE l'acidification ! De façon bien meilleure qu'un Xerox de haute qualité par exemple !
Mais je ne l'ai pas encore testé en pratique.

Je ne me rends pas bien compte sur tes positifs.
Pourrais-tu poster les négatifs directement ? Avec le dos du papier aussi...  :)

Ton image est très moutonneuse. As-tu ajouté du Bromure dans l'Iodure ?
De même, j'essaye de ne pas dépasser les 30mn de développement. Au delà, le dos se tache et le sur-développement commence à boucher les Hautes lumières dans les fibres.
De même, je ne sensibilise qu'une seule face, c'est meilleur pour moi qui destine le négatif au tirage par transparence.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 14 mars 2011 à 19:54:38
Salut,

Pour répondre à ta question, voici les scans par réflexion des négatifs :

Face 1

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype1face.jpg)

Dos 1

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype1dos.jpg)

Face 2

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype2face.jpg)

Dos 2

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype2dos.jpg)

Pour l'ioduration j'ai utilisé une solution de :
- 1l Eau distillée
- 90g Iodure Potassium
- 18g Bromure Potassium
- 40g lactose

J'ai remarqué que la densité des hautes lumières (densité max des négatifs) n'augmentait pas avec des expositions plus longues pour des temps de développement identiques. Elle plafonne à environ 1,5. Par contre, les basses lumières montent clairement et diminuent le contraste du négatif.
On le voit bien sur les scans ci-dessous: 4, 8 et 15 minutes d'exposition à f/5,6.

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype3face.jpg)

Mon intuition est que par rapport à ces premiers tests, il me faudrait sous-exposer et sur développer pour obtenir un contraste satisfaisant. Mais je me trompe peut-être ...
Il me semble également que sensibiliser les 2 faces doit permettre d'avoir des densités et un contraste plus important (le papier est sensibilisé dans toute son épaisseur), ce qui est nécessaire pour les tirages type papier salé ... Pourquoi préfères-tu ne sensibiliser qu'une face ?

En ce qui concerne la texture, je pense pouvoir m'améliorer sur le cirage. J'ai en effet remarqué que la cire n'était pas répartie de manière bien homogène dans les fibres, mon maniement du fer à repasser est à revoir ...
J'ai tout de même remarqué par d'autres essais que la texture était encore plus importante sans cirage.

Enfin, je finirai ce post par un clin d'œil avec ma version du "point de vue de la fenêtre du labo", qui cumule toutes les erreurs (mauvais cirage, sur-exposé, sur-développé, ...). A 185 ans près, ça ne vous rappelle rien ?
Ce sera ma photo étalon pour la suite de mes expérimentations !

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype0.jpg)

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 14 mars 2011 à 20:20:56
Merci pour les images Alexis.

J'ai abandonné le Bromure dans l'Ioduration.
Mes négatifs sont plus denses dans les hautes lumières... Le Bromure semble engendrer ce voile Orange/marron dans les basses lumières si on prolonge le développement, alors qu'avec l'Iodure seul, on peut obtenir des noirs vraiment très noirs en prolongeant la révélation sans que ça n'affecte les blancs.

Je ne sensibilise qu'une face, j'ai trouvé que l'image finale était plus fine et que finalement, j'obtenais un contraste meilleur, moins de diffusion, moins de moutonnement.

C'est bizarre, mais dans mon cas, plus la formule est simple, plus les résultats s'améliorent  :D

Il faut vraiment trouver le subtil équilibre entre proportion de sels sensibles dans le papier, temps de pose et durée de révélation.

J'obtiens des résultats que je trouve bons lorsque je juge que je sous-éxpose et prolonge un peu le développement. Par réflexion, le négatif semble pourtant baigné dans un voile, qui en fait, disparaît par transmission.

Je tâcherai de poster des images prochainement pour que ce soit plus concret...  :)
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 15 mars 2011 à 21:08:50
Merci Lionel, je vais suivre la piste du bromure dans mes prochains essais.

Concernant le temps d'exposition de tes négatifs, autour de quelle valeur es-tu avec ta formule sans bromure ?
As-tu essayé de cirer tes papiers au début du procédé ? J'ai l'impression que cela diminue la sensibilité du papier ...

Et à propos de cire, celle que tu as rentré en rayon est-elle blanche ou orangée comme le laisse supposer la photo sur la boutique ?

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 15 mars 2011 à 21:43:27
Alexis,

Il faut que précise tout de même que je suis beaucoup plus proche du Calotype que du Papier Ciré sec puisque j'utilise le papier humide et non ciré (je le cire vraiment en toute fin de production de l'image) et que la formule est vraiment plus simple.

Je procède vraiment de la façon la plus élémentaire :
- Acidification du papier (n'importe lequel pourvu qu'il ne face pas de bulles, de piqures, etc.)
- Séchage bien-sûr
- Ioduration simple à 32gr par litre par flottaison pendant 30mn (mais c'est de visu en fonction de la façon dont est imbibé du dos du papier)
- Séchage
- Sensibilisation à l'acéto-Nitrate pendant 10mn
- Exposition humide et sans rinçage ! Par temps gris en Février, je devais poser 30s à F5,6 environ...
- Révélation dans l'acide Gallique à 4gr/litre, mais juste de quoi immerger le papier. 30mn est suffisant, mais une heure fait monter le contraste sans provoquer de voile.
- Rinçage évidement
- Fixage dans une solution d'hypo à 200gr par litre il me semble pendant 15mn... Il faut vraiment que la coloration jaune de l'iodure d'argent disparaisse des fibres du papier.

Après ça, je sèche et je cire...

Les noirs sont noirs et les blancs sont blancs et non marrons comme avec le Bromure.

Pour répondre à ta question concernant la cire de la boutique, elle est brute donc jaune/orangée. J'ai ciré avec ça et je ne vois pas de coloration du papier au final...
Mais j'ajouterai la cire blanche plus tard.

La cire est en perle, alors je la fond dans un récipient. Lorsqu'elle est fondue, je chauffe mon négatif au fer, je prélève de la cire chaude avec un gros tampon de coton que j'étale sur le papier le mieux possible (il faut aller vite et faire attention, c'est brûlant). Puis entre deux couches de buvard, je termine le travail au fer.

J'avoue que le Papier ciré sec de Le gray tel que le pratique Nicolas est encore trop subtil pour moi.
Je n'ai pas encore poussé l'étude assez loin pour obtenir des résultats satisfaisants...

De même, je pense qu'il doit être possible d'utiliser le papier "Calotype" sec, mais les temps de pose doivent être plus long puisque le rinçage du Nitrate d'Argent en excès est obligatoire... Pas encore d'essais effectués de ce coté là non plus...
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 04 avril 2011 à 19:31:37
Salut,

Me revoilà pour faire un petit point sur mes essais de négatifs papiers cirés  ;D
La grosse différence par rapport à mes derniers essais est que j'ai supprimé le bromure de potassium dans ma solution de sels, pour ne garder que l'iodure. Cela a eu pour effet de supprimer le voile que j'avais lors de mes précédentes tentatives, merci Lionel !
J'ai également testé plusieurs temps d'expo, temps de développement et nombre de gouttes de potion magique dans le révélateur pour en arriver à:
- expo 1 minute à f/8 en plein soleil
- développement 4h dans 200ml d'acide gallique (à 4g/l) et 4 gouttes de AgNO3.

Cela me donne des négatifs propres et bien contrastés (densité entre 0,5 et 2). Ce contraste doit même être limite pour un tirage sur papier grade0 ... à vérifier. En poussant encore le développement, des tirages sur papier salé me semblent donc envisageables !
Petite image pour illustrer le résultat en 4x5:

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/Calotype5.jpg)

Dans ce cas, on ne voit quasiment pas la texture du papier (Canson Crob'Art) car la scène est bien détaillée. La texture apparaît surtout dans les zones de luminosité homogène.
Du coup, satisfait du résultat, je suis passé au 8x10 !

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/BoutDuLac002.jpg)

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/BoutDuLac003.jpg)

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/BoutDuLac004.jpg)

(http://www.alexisgaillac.fr/Forum/BoutDuLac005.jpg)

Cela nécessite un peu plus d'organisation qu'en 4x5 (cirage, sensibilisation, ...) mais les conclusions sont les mêmes en 8x10: bon contraste des négatifs, et texture visible dans les zones homogènes (ciel, eau, paysage lointain, ...). Cela tombe bien, c'est cet effet de texture que je recherche, je ne vais donc pas chercher de papier plus lisse pour l'instant.
Les quelques tâches disgracieuses devraient disparaître avec le coup de main qui vient petit à petit ...

Voilà, il ne reste plus qu'à passer aux tirages et à préciser le sujet de ma prochaine série de prise de vues en calotypes !

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 04 avril 2011 à 19:41:51
Superbe !

La deuxième est surprenante !
4h de developpement, en effet avec le bromure, ça aurait été impossible de pousser autant.

Tu as fais une capture des négatifs par réflexion ou transmission ?

Moi je songe à passer tout de même à un papier sérieux... Les miens grainent trop, c'est insupportable... Plus je prolonge le développement, plus ça graine.
Le Crob'Art semble au top !

Tu l'acidifies ou pas ?
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 04 avril 2011 à 19:55:53
- Je capture les négatifs par transmission. J'ai pu vérifier sur quelques contacts (papier RC) que cela correspondait bien au rendu (texture) après tirage.
Par réflexion, les négatifs ont l'air beaucoup moins contrastés. C'est la formation de l'image dans l'épaisseur du négatif, et même au dos, qui donne le contraste. J'ai en effet remarqué qu'en prolongeant le temps de développement, la densité n'augmente pas ou peu sur la face du négatif, mais augmente au dos, ce qui rajoute du contraste.

- Mis à part sa texture, le Crob'Art fonctionne à merveille, sans acidification ! En améliorant ma technique de cirage, je pourrais peut-être limiter la texture.
J'aimerais bien tester l'Atlantis Photosafe utilisé par Nicolas, mais à 130€ HT le rouleau, ça fait un petit investissement ...
Pour ma part, j'ai l'impression qu'en augmentant le temps de développement, la texture diminue ... mais cela vient peut être de l'augmentation générale du contraste qui "masque" la texture plus locale ...  ???
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 04 avril 2011 à 20:03:28
Je manque vraiment de temps pour faire des essais...

Les derniers datent d'il y a deux semaines (que j'ai posté a coté).

Je pense que oui, le contraste vient faire disparaître la texture.

Si tu es d'accord Alexis, ce serait bien que tu nous fasses un petit récapitulatif de ton mode opératoire et tes formules.

Tu sembles utiliser le papier sec.

Bref, on veut tout savoir !  ;D
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Alexis Gaillac le 04 avril 2011 à 21:13:43
Puisque c'est gentiment demandé par notre dealer préféré, voici mon mode opératoire actuel, qui commence à être satisfaisant, sans être optimisé :

Papier:
J'ai testé pas mal de papiers. La plus part noircissaient complètement ou se tachaient lors du développement. Seul le Canson Crob'Art m'a donné de bons résultats. J'ai eu le tuyau sur ce post: http://www.apug.org/forums/forum42/33426-has-anybody-got-successful-calotype-negatave.html (http://www.apug.org/forums/forum42/33426-has-anybody-got-successful-calotype-negatave.html).

Cirage:
Je cire pour l'instant au fer à repasser (sans trous sur la semelle, le fer à farter les skis fonctionne très bien ...).
Je fais un sandwich papier buvard / papier à cirer / cire en petites granules / papier à cirer / papier buvard, et je le repasse jusqu'à fusion de la cire qui se répartit sur tout la surface des 2 feuilles de papier. Je remets ensuite les papiers cirés entre 2 autres feuilles de buvard et je repasse à nouveau pour absorber l'excédant de cire.

Ioduration:
En lumière du jour.
Je laisse mes feuilles immergées 12h dans un bain contenant:
- 80g d'iodure de potassium
- 40g de lactose
- 20g de colle de poisson
- 1l d'eau distillée
Puis essorage au papier essuie tout, type "sopalin" et séchage au sèche cheveux.

Sensibilisation:
En lumière inactinique (rouge chez moi) de labo.
Après avoir retaillé les feuilles à la taille de négatif voulu, immersion 10 minutes dans:
- 25g de nitrate d'argent
- 250ml d'eau
Ce volume de chimie me permet d'immerger 2-3 feuilles 8x10 dans une cuvette pour papier 8x10 à fond plat.

Rinçage:
Je lave les feuilles dans 2 bains successifs de 5 minutes dans de l'eau distillée.
Puis essorage au papier essuie tout, type "sopalin", séchage au sèche cheveux, et direction les châssis !

Exposition:
Les essais m'ont pour l'instant mené à un exposition satisfaisante pour 1 minute à f/8 en plein soleil (du mois d'avril).
Pour l'instant, j'ai exposé mes négatifs 3-4 jours maximum après la sensibilisation. J'ai conservé quelques négatifs sensibilisés en stock pour des essais de "vieillissement" ... a suivre.

Développement:
En lumière inactinique (rouge chez moi) de labo.
Pour un négatif 4x5 en cuvette 4x5,  immersion de 4h dans:
- 2g d'acide gallique
- 200ml d'eau
- 4 gouttes du bain de sensibilisation
Pour les 8x10, j'ai conservé les mêmes proportions pour un bain de 1,5l (pour 5 feuilles 8x10) avec de bons résultats
J'arrête le développement "à vue", quand la densité me semble correcte.
Bien sûr, je n'agite pas pendant 4h ! J'inspecte toutes les 30 minutes environ.

Rinçage:
Dans 2 bains d'eau courante, 2x5 minutes environ.

Fixage:
10 minutes dans:
- 150g d'hyposulfite de soude
- 1l d'eau courante

Lavage:
Par une dizaine de bains d'eau, comme je le fais pour les papiers barytés.

Voilà, vous savez tout.
Je complèterai au fur et à mesure de mes essais.

Mais je n'ai rien inventé !
Je me suis principalement, et très largement inspiré du mémoire de Nicolas: http://nileg.free.fr/doc/Memoire2_Cm.PDF (http://nileg.free.fr/doc/Memoire2_Cm.PDF)
Tant du point de vue historique que du point de vue pratique, ce document est à lire et relire, amis calotypistes !

Alexis.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 09 avril 2011 à 23:51:21
Merci Alexis pour toutes ces précisions !

Bon de mon coté j'ai refait un essai de Calotype aujourd'hui, ça graine trop, c'est insupportable.
Intirable même si la densité et les contrastes sont suffisants. J'ai regardé de plus près, c'est bien la texture du papier qui me donne ce grain grossier.

Du coup, je viens de passer commande d'un bloc de Crob'Art sur le Géant !  :D

Je suis impatient de le recevoir lorsque je vois la finesse de tes résultats !
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 10 avril 2011 à 13:05:43
Hier j'ai fait le test suivant tout simple :

- Ioduration
- Sensibilisation
- Rinçage
- Séchage

- Exposition du papier sec 30s à F5,6 sous le soleil de 17h30 en Avril

- Développement toute la nuit dans une solution d'acide gallique avec une goutte de Nitrate d'argent.

Presque pas de grain sur mon papier à 4 sous ! Et superbe plage de gris !

Ce phénomène est surement connu, mais j'en déduis donc que moins le révélateur est chargé en Nitrate d'Argent, plus il sera lent, mais plus l'image sera fine et douce. Cependant, on peut jouer sur la densité en prolongeant.

Pas de voile au bout de 15h de révélation !

Je ne montre pas d'image, car il s'agit juste de bouts d'essais sans intérêt (je suis un spécialiste du bout d'essai de quelques centimètres carré sans intérêt)  ;D

Mais j'attends surtout le Crob'Art, histoire d'être sûr de partir d'un bon papier à la base.

Je sens que le négatif papier me plait de plus en plus !  :D
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Francis Courtemanche le 11 avril 2011 à 09:54:09
Bonjour à tous,

Grosse déception, j'envisageai de faire mes premiers essais de papier ciré sec aujourd'hui et le temps est tout gris...
J'hésite à tenter une photo en extérieur avec 8 à 10 minutes d'exposition... Ou alors est ce que quelqu'un sait si il est possible d'exposer à la lumière artificielle ?
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 11 avril 2011 à 12:24:35
Francis,

A la lumière artificielle, ça risque d'être difficile.

Le négatif papier est beaucoup moins sensible que le Collodion puisque là où j'aurais un temps de pose de 1s à F5,6 au Collodion, je passe à 30s pour la même ouverture avec le négatif papier.

Mais tu peux tout de même faire des essais par temps couvert, ça fonctionnera.  :)

Par temps gris et bas début février, en Calotype humide, j'étais à 30s à F5,6 justement.
Pour le papier ciré sec, les temps doivent être sensiblement les mêmes je pense.
Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Lionel TURBAN le 12 avril 2011 à 21:37:58
Je viens de voir sur le Flickr de Richard Cynan que m'a donné Denis Ron Talis (Post sur le Cirage du papier), qu'il utilise du Canson Marker...

Quand j'ai commandé mon Crob'Art sur le Géant, j'ai lorgné deux minutes sur ce papier précisément... Pourquoi, je ne sais pas, mais j'aurais dû en prendre un bloc aussi !  :-\

Bref, référence à retenir pour le négatif papier !  :)
Titre: Re : Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Mavi le 28 avril 2012 à 11:51:56
Merci Alexis pour vos remarques au sujet de la cire ; le caractère protecteur et homogène qu'elle apporte à la feuille de papier était l'une des raisons pour laquelle Le Gray choisit le cirage préalable du négatif, conscient de ne pouvoir trouver à l'époque aucun papetier produisant un papier satisfaisant entièrement les photographes calotypistes.

Pour completer...
Avant d'etre photographe, Le Gray etait peintre et connaissait parfaitement bien les papiers et leur composition. Or en son époque, il y eut une revolution dans le mode de fabrication des papiers. Cela alla meme eteindre en partie les guerres de chiffonniers qui faisaient rage dans l'Est de la France. Désormais, de nombreux papiers etaient fait a partir de bois. Moins chers, plus accessibles mais ceux-ci posaient de nombreux problemes de conservation due a certaines substances telle que la lignite que nous ne trouvons pas dans les papiers dit 100% vegetales (lin, coton, chiffon). Le Gray avait connaissance de (ou rencontré) ces problemes et cherchait egalement a isoler la chimie photographique des papiers pour s'affranchir des nouveaux papiers aux substances peu connues mais aussi pour la conservation de ces photographies.

En passant sur ce fil passionnant,
Bravo aux aventuriers, experimentateurs! Vraiment!!!
Vincent

Titre: Re : Négatif papier ciré sec
Posté par: Pronier le 11 octobre 2015 à 14:44:14
Pour le papier ciré sec, le photographe qui maitrise parfaitement cette technique est Martin Becka
Il a écrit un petit livre sur Legray et le papier ciré sec. ce petit bouquin qui n'est pas conçu dans le style recette de cuisine donne cependant des informations bien utiles à qui le lit attentivement.
voir ses images de Dubai
http://www.rencontres-arles.com/C.aspx?VP3=CMS3&VF=ARL_1024_VForm&FRM=Frame%3AARL_1104